Le CrossFit m’a « tuER »

Ceci est tiré d’une histoire vraie. Toute ressemblance avec des personnes ou des situations ayant réellement existé est tout, sauf fortuite.

Ça y est, il fallait s’en douter, le CrossFit a fait sa première victime. Depuis le temps que les réfractaires à ce sport s’amusaient à mettre sans cesse en avant quelconques études prouvant la nocivité de la pratique à haute intensité, ils vont enfin être servis avec ce fait divers, survenu il y a quelques semaines. De la viande fraîche pour les charognards, un comble pour les adeptes du régimes paléo qui cette fois-ci, seront les chassés et non les chasseurs.

Vous n’entendrez pas parler de cette histoire à la télévision, ou dans n’importe quel média grand public, en tous cas pas de suite. Cette affaire restera interne à la communauté sportive. Et c’est peut être mieux ainsi.

Je me suis entretenu avec son partenaire d’entraînement pour essayer d’en savoir plus sur les conditions de ce drame. J’ai donc été reçu par Damien, un coach expérimenté qui continue comme tous les passionnés de pratiquer régulièrement le fitness et qui depuis quelques années, ne s’entraîne qu’avec les méthodes CrossFit. Je ne suis, par contre, pas autorisé à dévoiler l’identité de la victime puisque l’enquête suit son cours. Nous la nommerons “Bucky”.


Tout a commencé il y a donc environ 3 ans, lorsque Damien et Bucky, deux partenaires d’entraînement inséparables, tombent sur la photo d’une Kettlebell sur un réseau social. Ils cliquent sur la photo et tombent sur la page CrossFit HQ. Le coup de foudre est inévitable, et après plusieurs heures d’affilées de visionnages de photos et de vidéos en tous genres, ils se promettent mutuellement que désormais, leur activité physique ne sera que CrossFit, et rien d’autre !

Damien est à ce moment là coach depuis environ 7 ans, et Bucky le met rapidement en confiance. Il le persuade que chaque mouvement peut être décomposé pour être facilement assimilable et que leurs années de pratique alliées aux connaissances techniques de Damien suffira amplement pour le bon déroulement de leurs futures séances.

Alors ils enchaînent jours après jours les séances à haute intensité. Leur contenu varie sans cesse : haltérophilie, gymnastique, cardio-training, peu importe si certains mouvements paraissent difficiles techniquement, leurs années d’entraînement semblent plaider en leur faveur et leur permettent de produire des performances plutôt honorables.

Damien et Bucky ne s’entrainent pas dans une affiliée, car ils travaillent déjà dans une autre salle et n’ont donc pas le temps de s’y rendre. Damien réussi grâce à ses connaissances à corriger son partenaire d’entraînement et à lui éviter les blessures. Pendant ce temps, Bucky réussi grâce à sa force de persuasion à convaincre Damien de toujours mettre plus d’intensité lors de ses mouvements et de ses enchaînements, en mettant en avant le fait qu’il a sûrement la meilleure condition physique de la salle, et qu’il se doit d’être plus fort, plus rapide, plus puissant que tous les autres.

Seulement, avec le temps, Damien se rend compte que de petites douleurs apparaissent. Dans le bassin d’abord, puis dans le dos. Il se dit que peut-être, les séances sont parfois un peu trop intensives, que les barres sont parfois un peu trop lourdes ou que les mouvements sont parfois un peu trop mal exécutés. Bucky le rassure immédiatement. Si Damien réussi à boucler les WOD, c’est que les charges ne sont pas si lourdes que ça. Ces douleurs sont tout à fait normales et ne sont, de toutes façons, pas nouvelles. Effectivement, Damien a souvent eu des problèmes de dos auparavant.

Alors après deux ou trois jours de repos, ils repartent de plus belle. Les entraînements s’enchaînent, les résultats et la motivation sont de plus en plus présents, tout comme les douleurs de Damien. Mais elles sont supportables lui dit Bucky, et n’enlèvent en rien la satisfaction que procure chaque séance, chaque WOD.

Et puis un jour, le drame. La séance de trop :

“FOR TIME : 100 Thrusters, 45 kilos”

La douleur s’éveille durant l’exercice. Elle devient insupportable pour Damien. Le dos, le bassin, l’aine, plusieurs alarmes se mettent alors à sonner. Le pire arrive à Bucky. Il ne survivra pas à la séance. Dès qu’elle se termine, il reste anormalement allongé. Sans bouger. Damien comprend alors qu’il se passe quelque chose.

Ils ont le temps d’échanger quelques mots : Bucky lui assure que pourtant, ils étaient préparés, ils avaient suffisamment de force pour déplacer des charges lourdes, pour produire une intensité maximale. Damien lui demande et se demande en même temps comment ils ont pu être aussi idiots. Comment ont-ils pu croire que la puissance était la seule condition pour pouvoir pratiquer ce sport? Comment ont-ils pu omettre la souplesse, la mobilité? Ils se rendent compte que lorsqu’un athlète possède un vécu et un potentiel qui peuvent lui permettre de déplacer des charges conséquentes, alors le CrossFit devient davantage une pratique à risques. Une pratique qui a besoin d’encadrement, de professionnalisation. C’est tout un corps, tout un mode de vie qui doivent être rééduqués. Et ça, les deux partenaires d’entraînement ne l’ont appris que trop tard.

Damien s’en est sorti avec deux protusions discales, une hernie inguinale et un dysfonctionnement sacro-iliaque. Pour Bucky en revanche, le constat est sans appel. Un bref adieu entre les partenaires et la disparition définitive de Bucky.

Ils ne s’entraîneront plus jamais ensemble, ne feront plus aucun Wod ensemble. Bucky ne sera plus jamais là pour motiver Damien au point de l’amener au delà de ce qu’il est capable de faire.

Bucky est mort.

Bucky était l’ego de Damien.

Peu importe le nom qu’il porte, la plupart des blessures surviennent par sa faute, aucune par la nature de l’activité. .

Que ce soit dans le CrossFit ou dans n’importe quel sport.

Ne l’emmenez jamais avec vous à l’entraînement.

Jamais.

Damien STYMANS

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9 réflexions au sujet de « Le CrossFit m’a « tuER » »

  1. Sans vouloir protéger le cross-fit je me permets de relativiser les dites blessures. Premièrement, deux protusions lombaires sont des trouvailles souvent anodines… en fait il y a environ 40% des gens normaux qui ont une hernie lombaire. Ensuite, une dysfonction sacro-iliaque n’est pas nécessairement un gros problème non plus. En tant que physiothérapeute, j’en traite régulièrement avec succès à l’intérieur de 2 ou 3 visites. Si les douleurs persistent c’est généralement qu’il y a instabilité et une ceinture de stabilisation sacro-iliaque peut alors être indiquée et donne généralement de très bon résultats. L’hernie inguinale est toutefois plus sérieuse et nécessite généralement une chirurgie. Mais en voyant le titre je m’attendais à pire, surtout après avoir lu sur la rhabdomyolyse dernièrement… Mais bon faut pas toujours se fier à un diagnostic ce ne sont que des étiquettes pré-estampillées dont on doit choisir celle qui semble être la plus représentative, mais qui en réalité n’est pas toujours bien adaptée… Ceci étant dit, bonne chance pour la suite des choses!

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  2. le crossfit est trés intense, on devrait pas pratiquer régulièrement ça épuise énormément, car moi même pratiquant 4 à 5 séance d’une heure par semaine un jour comme un autre au SDT à la 3 reps j’ai eu la sensation de coup poignard dans le dos j’étais pas à mon max en charge j’avais jamis eu de douleur en bas du dos bref j’ai tassement de vertèbre modéré mais l’arrêt du crossfit est sans appel,
    je peux continuer le sport faire des wods mais sans squat et SDT du moins pas souvent et léger donc attention à vous on est pas tous égaux et avant de vouloir de devenir un champion prenait votre temps, même moi qui fesait trés attention à mes repos, repas et avec un passé de sportif régulier de plusieurs de anée la blessure est venu.

    .

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  3. le crossfit en voulant cumuler toutes les qualités des autres sports en cumulent aussi tous les défauts liés à la compétition sauf que les problèmes se déclencheront beaucoup plus vite qu’ailleurs il est évident qu’à haut niveau le dopage ne peut que survenir, perso je m’entraine depuis 15 ans à présent, en utilisant kettlebell, indian club , sand bag , pneus de tracteur etc… j’ai 58 ans et suis diplomé depuis 1989 pour entrainer dans diverses disciplines sportives, ce que je veux dire c’est qu’on peut se servir de tous les outils mis à disposition dans le crossfit ils sont bons c’est simplement la dictature des charges à utiliser qui ne va pas, ainsi que les wod qui pour moi ne sont que des exemples j’invente les miens et je n’ai aucun problème puisqu’ils sont basés sur une bonne logique, après tout qui a décrété qu’il fallait à tout prix mettre 65kg par exemple sur une barre , moi je peux tirer profit d’une séance avec seulement une barre vide de 20 kg , le crossfit est bon en dehors de toute compétition sinon c’est autodestructeur ce n’est qu’une question de temps, vous parlez d’égo mais le but de la pratique dans son ensemble est dirigé par cela, moi je ne prétends pas rivaliser avec un spécialiste de l’haltero, ou du powerlift ou de la gymnastique d’ailleurs l’inventeur du crossfit il est dans quel état physique lui m^me ? s’entrainer avec des charges demandent des années, et surtout du repos, s’agiter comme un damné ne rime à rien et je trouve dommage que notre société moderne tombe toujours dans les m^me pièges c’ est triste de perdre la vie parce qu’on a voulu au départ utiliser une kettlebell qui est un excellent outil à condition de la prendre à sa mesure ( 16kg pour les hommes mon cul et 12 kg pour les femmes idem, dictature )la mienne fait 8 kg et m’apporte beaucoup de résultats mais moi ce n’est pas mon égo qui dirige mon entrainement je suis libre c’est le poids qui est à mon service pas le contraire, je m’arrêterai là car il y aurait beaucoup à dire sur le sujet notemment sur l’argent des sponsors vous croyez que vous allez mieux vous en sortir que le baseball ou le foot américain nenni! les m^mes problèmes surgiront à n’en pas douter. A méditer.

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  4. Y a t il plus d’info à propos de ce qui peut provoquer un si tragique dénouement ?
    Aller jusqu’à la blessure ne m’étonne guère, mais jusqu’à y rester en plein wod, je ne comprends pas comment cela est possible.

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  5. Bonjour Damien.

    J’aurais une petite question. Comment as tu adapté ta pratique à ta protrusion discale ? On vient de m’en découvrir une et cela fait déjà plusieurs mois que j’avais mal sur le SDT même à petites charges. Je ne touche plus de barre depuis 1 mois dans l’attente d’une rééducation et aussi par « peur » de me faire plus de mal encore.
    Merci de ta réponse.
    Sophie

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